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Sachons reconnaître un allié derrière un adversaire

Lorsque Thierry est arrivé à la tête de sa filiale, il a rencontré tous les responsables. Son premier entretien avec Michel, responsable du département informatique, s’est mal passé : Michel contredisant très souvent ses propos, Thierry en a été fortement agacé et les deux hommes se sont affrontés assez violemment. Cela s’est reproduit très souvent au cours des entretiens suivants.

Les deux hommes ont vécu un certain temps sur cette mauvaise impression jusqu’au moment où Thierry a pris conscience que Michel et lui se ressemblaient beaucoup. Ils veulent tous deux que l’entreprise tourne, obtenir des résultats et être reconnus pour ces résultats. Lorsque Michel semble s’opposer à Thierry, il ne dit pas « non » pour faire barrage : il cherche simplement à vérifier si sa solution tient la route.

Quant à Michel… Le ton péremptoire employé par Thierry l’agace et il a beaucoup de mal à lui répondre sur un ton normal. Mais, sur le fond, il n’a rien à lui reprocher. Il est même plutôt content d’avoir enfin un patron qu’il sent capable de prendre les décisions qui s’imposent.

Dès que Thierry réalise que Michel est toujours le premier à mettre en œuvre ses recommandations et à obtenir des résultats concrets, il change d’attitude. C’est Michel qu’il va voir dès qu’il se pose une question sur un changement de processus ou d’organisation. C’est avec lui qu’il mène les opérations pilotes. Thierry est soulagé d’avoir un relais sur le terrain qui raisonne de la même manière que lui, et Michel est heureux d’avoir un relais dans la hiérarchie qui tient ses engagements et lui permet d’avancer en toute confiance. Ils se reconnaissent et s’apprécient mutuellement ; ils sont devenus alliés.

Ce n’est pas toujours les personnes avec lesquelles nous avons d’emblée les relations les plus faciles qui deviendront nos alliés les plus solides. Thierry est parvenu à décoder les réactions de son interlocuteur, il a identifié les aspects positifs liés à ses réactions épidermiques, il est parvenu à piloter ses propres réactions d’agacement et il est passé à l’écoute. Il a trouvé une façon efficace de travailler avec lui et construit un mode de relation dans lequel chacun se sent vraiment reconnu.

Courage

Quel que soit notre profil de personnalité, la tâche est ardue quand il s’agit d’affronter un obstacle ou un danger qui nous semble menaçant. En effet, dès que la partie instinctive de notre cerveau perçoit un danger, elle met l’ensemble de notre cerveau en mode survie, c’est à dire qu’une partie de nos neurones se déconnecte pour faciliter la mise en œuvre de réactions automatiques.
Comme l’avait très bien montré Laborit, et beaucoup d’autres chercheurs par la suite, tout signal de danger déclenche en nous une réaction automatique (agressivité, agitation ou tétanisation).
Autrement dit, dès que notre cerveau perçoit les signes d’un danger important, des réactions émotionnelles instinctives commencent à nous brasser et à perturber nos raisonnements. Et il faut rassembler beaucoup de courage et beaucoup de sang-froid, pour éviter de s’énerver, de se dérober ou de se laisser abattre.

C’est dans ces moments-là que nous pouvons prendre pleinement conscience de l’importance de travailler sur nous-mêmes et d’apprendre à piloter nos réactions émotionnelles. Comme l’ont mis en évidence de très nombreux psychologues,  dont Catherine Aimelet-Périssol, les réflexes de Lutte (Agressivité), de Fuite (Agitation) ou de Repli (Tétanisation), face à un danger ou à un obstacle sont des réflexes de survie. Ils sont là pour nous sauver la vie !

Le problème n’est pas la réaction en elle-même mais l’inadéquation de cette réaction (intensité ou type de réaction) par rapport à la situation que nous sommes en train de vivre. Souvenez-vous que, l’une des attitudes les plus efficaces par rapport à ces réflexes, c’est de les accueillir, de les accepter et de les gérer, plutôt que de les rejeter. Pensez à ce qui est enseigné dans les arts martiaux asiatiques : utiliser l’énergie de l’assaillant pour le déstabiliser. Dans le cas présent il s’agit de ressentir l’énergie naturelle qui monte en nous et qui est à la source de la réaction émotionnelle, d’en comprendre les mobiles et de l’orienter dans la direction souhaitée : affirmer pour se faire reconnaître plutôt qu’agresser, proposer des solutions nouvelles qui nous conviennent, plutôt que chercher à s’échapper, utiliser nos capacités d’écoute et de mise en perspective, plutôt que se taire.

Face à nos impulsions internes, le réflexe le plus efficace consiste, à remercier notre réaction émotionnelle instinctive, à la décoder, l’amadouer et à répondre autrement aux besoins profonds dont elle est le résultat : « Merci chère colère, chère peur, cher abattement, de m’avoir signalé le danger… je vais utiliser tout ce que je sais faire pour le désamorcer ! »

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